Smooth Collies of Glenmorangie
Smoi
Smooth Collies of Glenmorangie

Depuis ma naissance, les chiens m'ont toujours attirée. Petits, grands, poil long, poil court, de race ou bâtards, en bonne santé ou complètement pelés.... j'avais un besoin impérieux d'aller les caresser - ce qui me valait parfois des remontrances genre : "n'y vas pas, tu ne le connais pas, tu vas te faire mordre" et j'en passe. Bien sûr j'étais une enfant, mais les enfants, du point de vue du chien, ont tous les droits.

J'ai donc *toujours* voulu un chien. N'importe lequel, mais un chien. Mais, malgré mes crises régulières, cela m'a toujours été refusé par ma mère sans jamais m'en donner la moindre raison. Parce qu'hélas, contrairement à toutes les chanceuses et tous les chanceux du monde, je ne suis pas "tombée dedans" à la naissance; il m'a fallu me bagarrer pendant presque deux décennies. Ceci dit toutes les occasions étaient bonnes pour sortir la chienne du voisin, ou le chien de l'une ou l'autre copine. Je les enviais à mort, ces copines dont les parents leur avaient permis d'avoir un chien...

Mais la famille n'étant tout de même pas une "bourreau d'enfants", on m'a permis d'avoir d'autres animaux (poissons rouges, tritons, hamsters... et même 2 chats) MAIS CE N'ÉTAIENT PAS DES CHIENS !!!!

Et puis un jour, alors que j'avais 17 ans, mon oncle est tombé gravement malade. Ne pouvant plus travailler, il restait donc chez lui à s'ennuyer ferme à force de regarder la télévision. Discussion avec ma tante sur la nécessité d'avoir un animal pour lui tenir compagnie. Mais aussi pouvoir aller se promener avec l'animal. Le choix s'est donc porté sur le Chien. Oui, mais QUEL chien ? Il y avait à cette époque dans leur quartier un bon nombre de chiens, de races ou non. Il fut arrêté que ce serait un chien de race ("c'est plus sûr"). Oui, mais QUELLE race ? Le Cocker ? C'est sympa le cocker; oui mais c'est quand même un chien de chasse; et puis les oreilles... Le Boxer ? C'est sympa un boxer; oui mais ça a une force physique phénoménale que mon oncle aurait eu beaucoup de mal à maîtriser (sans parler de ma tante !). Alors QUOI ?

La réponse est venue directement de chez leurs coiffeurs. Ce couple avait une belle chienne Colley sable (confirmée à titre initial, cependant - nous étions en 1975 et ces confirmations étaient encore possibles pour le Colley à cette époque) qui s'appelait "Inda". Elle fut mariée à un mâle sable issu de l'évage Pechinecha, petit-fils de la fameuse Championne Qualamité de Cabrenysset. Et naquirent 6 superbes chiots, dans les 4 couleurs. Oui, vous avez bien lu : les 4 couleurs. C'est-à-dire 1 femelle Tricolore, 2 mâles et 1 femelle Sables charbonnés, 1 femelle Blue Merle (qui plaisait beaucoup à ma tante parce que "couleur très originale, mais nous voulons un mâle") et 1 mâle Sable... Merle. Les chiots avaient 3 jours lorsque nous avons pu les voir et c'est ainsi que j'ai eu le privilège de choisir un des mâles et ce fut justement celui-ci ("parce qu'il n'a pas le collier complet, c'est plus original") et l'insolence d'imposer le nom : Lock-Ness. À l'époque, nous n'y connaissions rien en Colley et, bien que j'avais tout de suite observé que Lock-Ness était quelque peu différent dans sa couleur par rapport aux autres sables de la portée, je ne m'étais pas posée plus de questions que cela (ni mon oncle ni ma tante d'ailleurs). Mais nous étions déjà tous "sous le choc" devant tant de beauté et d'intelligence, de gentillesse et d'intuitivité aussi. Et, de ces points de vue-là, Lock-Ness ne fit pas déshonneur à sa race. Il fut même un excellent chien de garde sans jamais avoir été dressé.

Puis ma tante s'est vite renseignée pour savoir s'il existait un organisme qui s'occupe du Colley afin d'avoir plus d'informations sur cette race. Il y avait effectivement "Le Club des Amateurs de Colley" (aujourd'hui "Club des Amis du Colley"). Elle s'y est donc inscrite et reçu toutes les revues et bulletins d'information. ÉVIDEMMENT, je m'y suis collée comme on colle un objet avec de la glue et c'est ainsi que j'ai appris énormément de choses. Notamment que, malheureusement, Lock-Ness ne pourrait jamais être confirmé du fait qu'il avait les yeux tachetés de blanc (admis chez les Blue, interdits chez les autres), qu'il était un peu trop grand pour le standard et qu'en plus il avait les oreilles droites (bien qu'à l'époque on confirmait quand même lorsque celles-ci étaient de taille et de forme standard). Tant pis pour la confirmation, Lock-Ness s'en fichait éperduemment, et nous aussi à partir du moment où il était tout ce que nous souhaitions qu'il fut.

Mais tout de même. À force de lire et relire les informations publiées dans les revues que mon oncle et ma tante recevaient, d'y voir régulièrement les photos de tous les magnifiques Colleys illustrés, d'y connaître et reconnaître les chiens issus des grandes lignées de l'époque (principalement Rokeby en Angleterre, Mandailles, Cabrenysset et quelques autres en France), d'étudier le standard et de comparer (sur photos) tous ces chiens et ces chiennes par rapport au standard (tient, celui-ci aurait tendance à fuir sa croupe, il me semble que celle-ci a un bon crâne plat...), je fus vite capable de savoir de quel chien/quelle chienne était issu tel ou tel Colley et de mettre "un visage" sur les noms mentionnés dans les pédigrées. Plus tard, nous sommes même allées, ma tante et moi, visiter deux expositions, histoire de se faire une idée plus exacte de ce que doit être un Colley.

Au bout du compte, le choix d'un Colley était devenu pour moi aussi impératif que le besoin était impérieux d'aller caresser tous les chiens du monde. Il a seulement fallu que j'attende mon heure. J'étais encore à l'école et même si je travaillais pendant mes vacances scolaires - et recevais donc un salaire, je n'avais pas encore trouvé ni la force de contrevenir à l'interdit ni, surtout, l'éleveur chez qui je pourrai acheter ma chienne (je voulais une chienne). Or, en 1976, je commençais à prendre des leçons de conduite. Je n'avais pas encore l'âge de passer mon permis mais c'était déjà ça de pris. Et c'est dans cette auto-école que j'ai rencontré un moniteur qui élevait quelques portées, issues de Mandailles et de Rokeby. De fil et en aiguille, il m'apparut évident que j'aurai ma chienne de chez lui.

Puis un jour de 1977, il m'annonça que sa chienne Vénus Black de Mandailles (fille de et de Praline Golden de Mandailles) avait eu 7 chiots sables par son mâle Ivan Le Prince de Merlebyl. Ce couple d'éleveurs habitait dans le 95, je n'avais évidemment pas de voiture, il me fallait prendre deux bus, c'était en début janvier, mais tout cela n'avait aucune importance. Sans rien dire à personne, j'ai fait l'expédition pour voir ces merveilles... et j'ai réservé MA chienne et me suis fait parrainée par eux au Club par la même occasion. Je suis rentrée chez mes parents comme si de rien n'était. Pendant ce temps MA chienne (que je voulais appeler Nadja Helda, mais une grossière erreur de la part de la Société Centrale Canine a bêtement et simplement inscrit "Nadia" sur le certificat de naissance - et IMPOSSIBLE de leur faire entendre raison) grandissait et j'avais hâte de l'avoir. Mais comme mes parents et surtout ma mère n'étaient pas au courant de mon exploit, il devenait urgent de trouver l'occasion de le leur faire savoir. Et ce fut un dimanche après-midi, après le déjeuner de famille chez ma tante (mon oncle était décédé entre-temps) qu'elle se présenta. Ma mère et ma tante ayant parlé de choses et d'autres, le sujet vint aux chiens, au Colley et plus particulièrement à Lock-Ness. C'était le moment ou jamais ! J'ai donc annoncé haut et fort que "le bien joli Lock-Ness allait bientôt avoir une petite copine"... Le Choc de ma mère, la Rigolade de ma tante ! Et ma mère de me semoncer de belle manière mais de toutes façons elle avait perdu : mes arguments tenaient suffisemment la route, d'abord cela faisait trop longtemps que j'attendais, ensuite j'avais 18 ans (donc majeure) et qu'elle ne pouvait plus me manipuler comme une enfant et quant à la nourriture, je travaillais pendant les vacances scolaires, et puis Nadja (oui elle s'appelle Nadja, comme le titre d'un livre d'André Breton) était déjà *RÉSERVÉE*. Point barre.

Pas méchante pour deux sous, j'ai laissé le temps à ma mère de digérer la nouvelle. En fait c'est elle qui commença à m'en parler... un peu. Puis vint le JOUR J. C'était à la mi-février 1977, je suis allée chercher Nadja (toujours par les 2 bus), une toute petite boule de poils d'un peu plus de six semaines (oui je sais l'âge légal est de huit semaines, mais l'éleveur a accepté parce que j'étais en période de vacances scolaires et qu'après je n'aurai plus eu le temps de m'en occuper comme il faut. Elle était tout de même tatouée et primo-vaccinée mais interdite de sortie avant la deuxième vaccination). Je l'avais enfouie dans mon dufflecoat, pour lui éviter le froid et pour m'éviter les éventuelles amendes des contrôleurs de la RATP... Et sommes arrivées à bon port. J'ai frappé à la porte, ma mère est venue m'ouvrir, Nadja a sorti son petit nez et ma mère m'a dit : "Et dire que je n'en voulais pas !"; finalement nous avons ri un bon coup, je lui ai collé Nadja dans les bras et la capitulation fut totale !

Depuis cet instant, beaucoup de choses se sont passées. J'apprenais toujours au coup par coup et c'est ainsi que j'ai su comment remplir les formulaires d'engagement aux expositions car il était temps pour Nadja de passer la confirmation. Ce fut à l'exposition d'Evreux en 1978, le juge était un certain René Moli et son assesseur Jacqueline Penel. Je ne connaissais pas encore grand chose et surtout je ne connaissais personne. Excepté Monsieur et Madame Delalieu (élevage "du Clos de Monsablon") dont j'avais fait la connaissance à l'exposition de Rouen en novembre 1977 où ils présentaient leurs deux Champions : et Ch. Joiania de Rosc An Vell ainsi que leur fille Mona du Clos de Monsablon. J'avais pris des photos d'Imbo ce jour-là et j'espérais retrouver ces éleveurs à Evreux afin de leur donner la meilleure. La chance fut de mon côté : non seulement je les retrouvais mais leur cage était placée juste à côté de la mienne ! Retrouvailles... Mais le plus dur restait à faire... Je savais que Nadja était un peu au-dessus du standard mais elle possédait des expressions extraordinaires (vraiment !) et de belles allures, et d'autres qualités. Je n'étais pas trop inquiète pour elle. Mais ce fut la panique lorsque, m'approchant du ring, j'ai vu Monsieur Moli. J'étais réellement décidée à retourner à la maison tellement j'étais persuadée que ce juge ne confirmerait pas ma chienne. Ma mère était avec moi, essayait de me calmer mais rien à faire. Et ce fut Madame Delalieu qui me jeta littéralement dans l'arène ! Presque le coup de pied aux fesses. Évidemment, une fois en place il n'était plus question de faire demi-tour (on a sa dignité tout de même) mais je n'en menais pas large. Et puis il y avait cette jolie petite chienne à côté, très bien dans le standard, certes, mais se présentant comme une vraie statue. Alors j'ai joué mon va-tout. Du ring j'ai discrètement appelé ma mère afin qu'elle appelle tout aussi discrètement Nadja et fasse de petits bruits pour inciter la chienne à *s'exprimer*. Et lorsque j'ai vu Madame Penel éclater de rire à la vue des expressions de Nadja j'ai su que j'avais gagné. Pas la grosse coupe, non. Mais la confirmation, oui !
Plus tard, en début d'après-midi, Monsieur Moli est venu me voir pour m'expliquer certaines choses concernant la chienne. Madame Delalieu m'a dit ensuite qu'il était très rare que Monsieur Moli se déplace après ses jugements...

En tout cas, une chose est sûre : je serai rentrée chez moi avec ma chienne sous le bras sans la présence de Madame Delalieu et sa fermeté à mon égard. Ma chienne n'aurait jamais été confirmée et je n'aurai certainement pas "poussé plus loin la chansonnette". Grand merci, Madame Delalieu.

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